ACTA : le traité secret qui pourrait changer la face de l'internet



ACTA : le traité secret qui pourrait changer la face de l'internet
Ecrit le 20 janvier 2010 par Fabrice Epelboin, sur ReadWriteWeb

Si le traité ACTA venait à être appliqué, l’internet tel qu’on le connait aujourd’hui serait radicalement changé. Le traité renforce de façon démesurée le pouvoir du copyright (ou du droit d’auteur, en l’occurrence la différence est insignifiante), forcera les fournisseurs de services sur internet à faire la police du copyright, rendant du même coup l’hébergement de contenus générés par les utilisateurs impossible à assumer financièrement, il mettra en place des sanctions pour les utilisateurs violant le copyright, comme de leur couper l’accès à l’internet après trois avertissements, et exigera que les supports informatiques soient inspectés aux frontières (disques dur, lecteurs mp3, etc.). Ceux qui contiendraient des fichiers copyrightés téléchargés de façon illégale seraient détruits, et leur possesseurs se verraient infliger une amende.

Parmi les informations qui ont fuité du traité ACTA – toujours en négociation -, on trouve aussi la possibilité pour les ayants droits d’accéder aux informations personnelles d’un internaute, suspecté d’avoir téléchargé un contenu copyrighté, sans avoir besoin de recourir à un juge. En bref, Hadopi, à coté, ce n’est pas grand chose, mais c’est un bon début.

Les négociations autour du traité ACTA se font en dehors de tout cadre, aucune organisation internationale comme l’OMC ne les supervise. Elles ont commencé en 2006 entre les USA, la Commission Européenne, la Suisse et le Japon. Depuis, l’Australie, le Canada, l’Union Européenne, la Jordanie, le Mexique, le Maroc, la Nouvelle Zélande, la Corée, Singapour et les Emirats Arabes Unis se sont joints aux négociations.

Ce traité est négocié dans le plus grand secret, mais en mai 2008, Wikileaks.org publié un document en révélant de nombreux éléments. C’est plus récemment que l’opinion publique a été alertée, grâce à l’EFF dans un premier temps, puis à ReadWriteWeb US en fin d’année dernière.

Beaucoup d’analystes en France voient le couple Hadopi/Loppsi comme un premier pas dans la mise en application du traité ACTA. Les récentes loi impactant l’usage de l’internet en Espagne et en Italie font penser que c’est une partie de l’Europe qui est en train de mettre en application ce traité, avant même qu’il soit signé.

Mais comme le montre les dernières évolutions législatives Internet en Italie, ce n’est pas seulement le téléchargement ‘pirate’ qui est visé par ACTA, mais bien l’ensemble du web 2.0 et de la capacité qu’a donné l’internet à tous de s’exprimer (sans même parler du logiciel libre, nous reviendrons sur ce point ultérieurement). L’obligation faite aux services ‘web 2.0′ de faire la police obligerait de facto la plupart des plateformes de blog à fermer, tout comme les autres sites proposant d’héberger gratuitement les contenus des internautes.

La pression monte pour plus de transparence

Le traité ACTA a donné lieu a 6 réunions de négociation jusqu’ici, une septième se tient à la fin de ce mois à Mexico. Chose étonnante, la pression semble avoir au moins eu un effet : la transparence est enfin à l’ordre du jour.

Google, qui s’est engagé pour la Net Neutrality et ne voit pas d’un bon œil le traité ACTA, a organisé une table ronde la semaine dernière à Washington D.C. pour débattre du projet de traité.

Le débat qui s’est tenu lors de cette table ronde a été particulièrement intéressant et agité. Réunissant des représentants des lobbies et des partisans des libertés numériques, les échanges ont été vifs, et ont portés sur l’aspect législatif, l’économie, les problèmes éthiques soulevés par le traité ACTA, mais surtout sur la transparence, demandée à corps et à cri par tous (ou presque).

Le représentant des lobbies, Steven Metalitz (avocat de la MPAA et de la RIAA), a longuement défendu le traité et la nécessité du secret de sa négociation. Une position difficile mais on ne peut que saluer l’effort de dialogue. Pour lui, le secret est une condition nécessaire à la négociation avec les pays étrangers (entendez, entre autre, l’Europe, qui semble être en train, dans certains de ses pays membres, de le mettre en application).

L’autre point défendu par Metalitz frise le ridicule quand il affirme que le traité ne nécessitera pas que les lois des pays signataires soient changées. En effet, dans la mesure où les points du traité font d’ors et déjà l’objet de loi telles qu’Hadopi et Loppsi (ou celle de l’économie durable en Espagne), on peut imaginer que d’ici à la signature du traité, les lois nécessaires à son application soient déjà en place.

En France, ACTA n’a fait l’objet de quasiment aucun article dans la presse officielle, et des sources nous ont fait savoir que le sujet était carrément censuré dans certaines rédactions. Aucun groupe parlementaire n’a demandé la moindre commission d’enquête : circulez, il n’y a rien à voir. Si vous parlez anglais, trouvez une heure et demie pour regarder cette vidéo, c’est l’avenir de l’internet qui se joue, et plus largement celui de la liberté d’expression.

Sans Wikileaks, ce traité serait encore à ce jour secret, nous ôtant la possibilité de comprendre ce qui se trame réellement en France, en Espagne, et en Italie en ce moment. Si vous aussi vous pensez que le rôle joué par Wikileaks est essentiel pour la démocratie, faites un don, ils ont besoin de notre soutien. Vous pouvez également adresser vos don à La Quadrature du Net qui joue un rôle indispensable pour la défense des citoyens face à ACTA auprès, entre autre, de la Commission Européenne.
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Internet Sans Frontières crée un groupe de travail pour porter une réflexion de fonds sur ces sujets, et défendre la liberté d’expression sur internet auprès des instances internationales. Si vous souhaitez rejoindre ce groupe, contactez-nous ici : contact@internetsansfrontieres.com. Soutenez notre action de promotion et de défense de la liberté d’expression sur internet en adhérant ou en faisant un don à l’association.

Jeudi 21 Janvier 2010
Céline Hountomey



Vos commentaires

1.Posté par Antonin le 28/01/2010 18:43
Il faut se battre contre ce machin !
http://connexion-democrate.com

2.Posté par Ghislain Lambert le 29/01/2010 09:22
Il faut trouver les moyens de se battre face à cette machine implacable. D'énorme lobbies s'exercent derrière ces négociations. Il faut s'organiser pour dénoncer cela.
http://www.internetsansfrontieres.com

3.Posté par Pat le 06/04/2010 16:03
Ces lois sont simplement liberticide. Elles ne servent qu'à protéger les marges des major compagnies.. La preuve en est: qui voit-on à l'initiative de ces lois? Le MPAA, RIAA et les majors... Peu d'artistes sont réellement en faveur de ce flicage éhonté...
Le recul de la démocratie engendré par ces textes est préoccupant. Mais souvenons nous que la relative liberté d'expression dont nous jouissons actuellement est un fait très récent. Que ce soit en France, aux us ou ailleurs, le pouvoir en place avait la main mise sur la presse et les médias il y a à peine 50 ans... Pour ce qui est de la France, De Gaulle avait un ministère de l'information et tout était filtré... Alors avec un sarko au pouvoir, il n'est pas étonnant qu'on assiste à une régression vers le moyen-âge et l'obscurantisme, malheureusement, il n'est pas seul à le vouloir...
L'Italie est gouvernée par des fascistes, donc pas de surprise de ce coté!
Mais, il est un fait certain, c'est que ces tentatives de muselage et de restriction des libertés prouvent que nous avons d'ors et déjà gagné, Internet fait peur et nos dirigeants s'aperçoivent qu'ils ne peuvent le contrôler, Dès que l'information est connue, elle est diffusée, sans censure ni contrainte (ou presque).Les autocrates qui nous gouvernent ne peuvent plus empêcher les citoyens de penser, de réagir et de construire un contre-pouvoir qui nous faisait tant défaut...
Internet est le plus bel outil de démocratie que l'homme ait connu, protégeons le!
NB: amusant de savoir que l'internet a été développé par et pour les militaires, non?

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