Barack Obama répond à Yaoni Sanchez




"Votre blog offre au monde une fenêtre unique sur les réalités de la vie quotidienne à Cuba. Cela prouve qu’Internet vous a offert, à vous ainsi qu’à d'autres bloggeurs Cubains courageux les moyens de vous exprimer librement, et j’applaudis vos efforts collectifs pour donner la capacité à vos concitoyens cubains de s’exprimer à travers l’utilisation de la technologie.
Le gouvernement et le peuple des Etats-Unis se joignent à vous tous dans l’espoir du jour où tous les Cubains pourront s’exprimer librement en public sans peur et sans représailles."



Barack Obama répond à Yaoni Sanchez

Le Président américain Barack Obama répond aux questions de Yoani Sanchez,la célèbre blogueuse cubaine du blog Generacion Y.

Yoani Sánchez  s’est adressée cette semaine via son blog à Barack Obama, et à Raul Castro en précisant en introduction :

La diplomatie populaire n’a pas besoin de mémorandums ou de déclarations d’intention, elle se fait directement entre les peuples, sans passer par les chancelleries et les palais gouvernementaux. Elle s’accompagne d’une embrassade, d’une poignée de mains ou d’une longue conversation dans la salle de séjour d’une maison. Sans aspirer aux flashs des photographes ou aux grands titres de la presse, les gens ordinaires ont sorti le monde de plusieurs impasses, ils ont peut-être évité un grand nombre de guerres et il se peut même qu’ils soient responsables de certaines alliances et de quelques rares périodes de paix.

De temps en temps un individu sans portefeuille ministériel, ni privilège officiel interpelle le pouvoir, lui lance une question qui reste sans réponse. Les cubains se sont habitués à ce que « là-haut » personne n’essaie de nous expliquer ou de nous consulter sur le cours que prendra cette île, tant elle ressemble à un bateau qui prend l’eau au point de faire naufrage. Lassée de ce que l’on ne nous reconnaisse pas dans notre petitesse, je me suis décidée à lancer sept questions à ceux dont je considère, qu’actuellement et par leur action, ils impactent le destin de mon pays.

Le conflit entre le gouvernement de Cuba et celui des Etats-Unis, empêche non seulement les deux peuples d’établir des relations fluides, mais il détermine les mesures –ou l’absence de mesures- qu’il convient d’entreprendre pour la nécessaire transformation de notre société. La propagande politique nous parle d’une place assiégée dans laquelle nous vivons, d’un David face à un Goliath et de « l’ennemi vorace » qui s’apprête à se jeter sur nous. J’aimerais savoir –depuis ma petite position de citoyenne- comment va évoluer ce différend, quand il va cesser d’être le thème majeur de tous les aspects de notre vie.

Après des mois de tentatives, j’ai réussi à faire parvenir un questionnaire au président nord-américain Barack Obama, sur quelques uns de ces sujets qui m’empêchent de dormir. J’ai déjà ses réponses que je publierai demain et je veux maintenant étendre mes interrogations au président cubain Raoul Castro. Ce sont des questionnements nés de mon expérience personnelle, et je reconnais que chacun de mes compatriotes pourrait les rédiger d’une manière différente et personnelle. Les doutes qu’elles contiennent sont si angoissants qu’ils ne me permettent pas de projeter ce que sera le pays où grandiront mes enfants.

Voici les réponses que vient d’adresser Barack Obama à Yaoni :

“Je vous remercie de cette occasion d’échanger avec vous et avec vos lecteurs à Cuba et dans le monde et vous félicite pour la réception du prix « Moore Maria Cabot » de l’école de Journalisme de l’Université de Columbia décerné pour la couverture Latino Américaine qui favorise la compréhension entre les peuples américains. Vous méritez amplement cette récompense. J’étais déçu d’apprendre qu’il vous a été refusé la possibilité de voyager pour recevoir ce prix en personne.

Votre blog offre au monde une fenêtre unique sur les réalités de la vie quotidienne à Cuba. Cela prouve qu’Internet vous a offert, à vous ainsi qu’à d’autres bloggeurs Cubains courageux les moyens de vous exprimer librement, et j’applaudis vos efforts collectifs pour donner la capacité à vos concitoyens cubains de s’exprimer à travers l’utilisation de la technologie.

Le gouvernement et le peuple des Etats-Unis se joignent à vous tous dans l’espoir du jour où tous les Cubains pourront s’exprimer librement en public sans peur et sans représailles.

QUESTION 1: Pendant des années, Cuba a été une question de politique étrangère pour les Etats-Unis ainsi qu’une question de politique nationale, en raison notamment de la grande communauté cubano-américaine. Selon vous, sur lequel de ces deux terrains doit se traiter cette question ?

Toutes les questions de politique étrangère incluent des éléments de politique intérieure, en particulier les questions concernant nos voisins comme Cuba dont provient une large population immigrante et avec laquelle nous avons une longue histoire de relations.

Notre engagement à protéger et à soutenir la liberté d’expression, les droits de l’homme et la gouvernance démocratique chez nous et dans le monde recoupe aussi la politique étrangère et intérieure. De plus, de nombreux défis partagés par nos deux pays, y compris la migration, le trafic de drogue, et les questions économiques, concernent les problèmes de politique intérieure et de politique étrangère. Ainsi, les relations américaines avec Cuba sont considérées à juste titre dans un contexte de politique à la fois étrangère et intérieure.

QUESTION 2: Dans le cas où votre administration serait disposée à mettre fin au désaccord, reconnaîtrait-elle comme seul légitime le gouvernement de Raul Castro comme interlocuteur valable dans les pourparlers éventuels ?

Comme je l’ai dit auparavant, je suis prêt à voir mon administration s’engager avec le gouvernement cubain sur un éventail de questions d’intérêt mutuel comme nous l’avons déjà fait sur les sujets concernant la migration et les échanges de courrier. Il est aussi dans mon intention de faciliter de plus larges contacts avec le peuple cubain, en particulier parmi les familles cubaines divisées, ce que j’ai fait en supprimant les restrictions américaines sur les visites familiales et les envois de fonds.

Nous cherchons à travailler avec les Cubains en dehors du pouvoir en place comme nous le faisons partout dans le monde, parce que le pouvoir, bien sûr, n’est pas notre seul interlocuteur à Cuba. Nous saisissons toutes les occasions pour interagir avec l’ensemble de la société cubaine, et sommes impatients de voir le jour où le pouvoir en place sera le reflet de l’expression libre du peuple cubain.

QUESTION 3: Le gouvernement américain a-t-il renoncé à utiliser la force militaire comme le seul moyen pour mettre fin au désaccord ?

Les États-Unis n’ont aucune intention d’utiliser la force militaire contre Cuba. Les Etats-Unis soutiennent le renforcement du respect des droits de l’homme et les libertés politiques et économiques à Cuba, et espèrent que le gouvernement cubain répondra au désir de son peuple pour jouir des bienfaits de la démocratie et de s’exprimer librement dans le choix futur de leur pays. Seul le peuple cubain peut apporter des changements significatifs, et nous espérons qu’il sera bientôt en mesure de s’exprimer en toute liberté.

QUESTION 4: Raul Castro a dit publiquement qu’il était prêt à discuter de tous les sujets avec les Etats-Unis à condition qu’il y ait respect mutuel et égalités des conditions. Est-ce que Raul Castro en demande trop ?

Depuis des années, j’ai répété qu’il était temps de poursuivre une diplomatie directe, sans
conditions préalables, entre amis et ennemis également. Je ne suis pas intéressé, cependant, de parler pour le plaisir de parler. Dans le cas de Cuba, une telle diplomatie devrait créer les occasions de faire avancer les intérêts des États-Unis et la cause de la liberté pour le peuple cubain.

Nous avons déjà entamé un dialogue sur des sujets qui nous préoccupent mutuellement – la sécurité, et la maîtrise du flux migratoire et le rétablissement du service de courrier. Ce sont des petits pas, mais une part importante du processus pour faire évoluer les relations dans une direction nouvelle et positive. Pour arriver à une relation plus normal, cela nécessitera néanmoins une action de la part du Gouvernement cubain.

QUESTION 5: Quelle part pourraient avoir les cubains en exil, les groupes d’opposition internes et la société civile émergence dans cet hypothétique dialogue ?

Lorsqu’on considère quelque décision politique que ce soit, il est essentiel d’écouter autant d’avis divers que possible. Lorsqu’il s’agit a fortiori de Cuba, c’est ce que nous réalisons. Notre gouvernement échange régulièrement avec des groupes ou des individus qui se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur de Cuba dès lors qu’ils voient un quelconque intérêt dans ces échanges.

Beaucoup ne sont pas toujours d’accord avec le régime Cubain ; d’autres ne sont pas toujours d’accord avec les Etats-Unis tandis que d’autres ne sont pas d’accord avec les uns et les autres. Nous devrions être capables de faire un geste les uns envers les autres en ayant pour seule préoccupation le bien-être des Cubains qui vivent sur l’ile. C’est la raison pour laquelle tout ce que vous entreprenez pour faire entendre votre voix est si important.

Pas uniquement pour faire avancer la liberté d’expression mais également pour tous les cubains de l’extérieur afin qu’ils acquièrent une meilleure connaissance de la façon dont vivent les Cubains qui sont restés sur l’Ile ; leurs joies, leurs difficultés et leurs espoirs. 

Question N°6 -Vous soutenez vivement le développement des nouvelles technologies de l’information et des communications, alors que les Cubains ont encore un accès limité à l’Internet. Quelle est la part du à l’embargo américain et à combien estimez-vous la responsabilité de Cuba dans cet état de fait ?

Mon administration a pris des engagements importants pour promouvoir la liberté de transmission de l’information de et vers les Cubains essentiellement à travers les nouvelles technologies. Nous avons rendu possible une télécommunication plus importante pour répondre au besoin de connexion toujours plus important des citoyens Cubains vers le monde extérieur. La généralisation, par exemple, de la fibre optique et des transmissions satellites à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du pays, devrait contribuer à améliorer les moyens de communication des Cubains insulaires entre eux et aussi vers ceux vivant dans le reste du monde. Cela ne se fera pas en un jour et n’aura pas un effet absolu sans la bonne volonté du pouvoir en place.

J’ai cru comprendre que le gouvernement cubain annonçait une réforme pour fournir aux habitants un meilleur accès à l’Internet, notamment dans les bureaux de poste. Je suis de prêt et avec intérêt le développement de ce projet et exhorte le gouvernement à donner la possibilité à son peuple de jouir sans restriction aucune de l’accès à l’internet et aux nouvelles technologies de l’information. De plus, en ce qui concerne les points que nous pourrions améliorer afin d’aller vers une augmentation du flux d’informations de ou vers Cuba ; toutes suggestions seront les bienvenues.

Qestion 7- Seriez-vous d’accord pour venir dans notre pays ?

Je n’exclus jamais par principe aucune action qui pourrait faire avancer les intérêts des Etats-Unis et faire avancer la liberté des Cubains. En même temps, l’armada diplomatique doit être utilisé seulement après une préparation minutieuse et une stratégie clarifiée. Je suis impatient de rendre visite à un Cuba où tous ses citoyens jouiront des mêmes droits et des mêmes choix que tous les autres citoyens du continent.”


Traduction : Céline Hountomey et Jean-Pierre Bozzonne













































Jeudi 19 Novembre 2009






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