Entretien avec Enoh Meyomesse : "J'ai reçu un traitement épouvantable"Internet Sans Frontières réitère son soutien à l'écrivain Enoh Meyomesse, blogueur et écrivain camerounais emprisonné depuis le 22 Novembre 2011 au Cameroun, accusé de vol d'or. Un de nos correspondants au Cameroun a pu le rencontrer lors d'une visite à Kondengui, la prison centrale de Yaoundé, où Enoh est actuellement incarcéré.
Enoh Meyomesse - Capture d'écran / Entretien sur le Cinquantenaire des Indépendances avec Masee Ma Lon
Enoh Meyomesse écrivain et blogueur camerounais est arrêté depuis déjà 2 mois et 9 jours. Les raisons de son arrestation restent toujours restent surprenantes. De retour d’un séjour professionnel à Singapour, il est interpelé à l’aéroport international de Nsimalen au Cameroun. Il lui est reproché alors d’être l’auteur d’une tentative de coup d’État. Une arme à feu et un treillis militaire usagé sont d’ailleurs retrouvés chez lui quelques jours après. Il est dans un deuxième temps accusé d’être le complice d’un rocambalesque braquage dans une mine d'or artisanale de Bétaré, dans l'Est du Cameroun. Le butin n’est pas certain, les autotités camerounaises avancent parfois le chiffre de 350g d’or volés, ou alors d’un kilogramme. Le trésor ainsi dérobé aurait servi à préparer le fameux coup d’État. Dans un second temps l’accusation de tentative de coup d’État est retirée, le treilli et l’arme sont comme par magie retirés des pièces à conviction. Reste l’attaque des orpailleurs de Bétaré. C’est la deuxième arrestation en un an d’Enoh Meyomesse, qui est par ailleurs président de l’association des écrivains camerounais. Rencontre avec Enoh Meyomesse Un de nos correspondants sur place a pu rencontrer l'écrivain et blogueur lors d'une visite à la prison centrale de Yaoundé. Internet Sans Frontières : Savez-vous pourquoi vous êtes toujours poursuivi devant le tribunal militaire de Yaoundé, alors que d'après d'après les nouvelles qui nous sont parvenues, l'accusation de tentative de coup d'état est tombée et vous n'êtes désormais plus qu'accusé d’avoir été complice dans un braquage d'orpailleurs à Betare, dans l'Est du Cameroun ? Enoh Meyomesse : Toute utilisation d'armes est systématiquement traduite devant tribunal militaire, selon la loi camerounaise. J’ai été accusé d’un braquage avec armes, c’est pour cela que je suis jugé devant ce tribunal d’exception. Dès lors qu'on vous surprend avec une arme vous êtes automatiquement traduit devant le tribunal militaire. C’est la loi au Cameroun, c'est une mauvaise loi, mais c'est le cas ici. (NDLR : Selon l’article 5 de la Loi n°98/7 du 14 avril 1998 le tribunal militaire est jouit d’une compétence exclusive pour juger les infractions à la législation sur les armes de guerre et de défense, et du vol avec port d’armes à feu) ISF : Des bruits courent selon lesquels le Chef de l'État, Paul Biya, aurait demandé à ce qu'une nouvelle enquête soit menée, qu'en pensez-vous ? EM : Oui, j’ai eu le mail de confirmation de la part du Substitut du procureur. Le Commissaire du Gouvernement avait d’abord fait circuler l’information. ISF : Quel est votre état d'esprit après deux mois de détention ? Nous pensons notamment aux conditions dans lesquelles vous êtes détenu. Avez-vous subi des tortures au moment de l'interrogatoire à Bertoua, ou depuis votre arrivée à Kondengui (nom de la prison de Yaoundé) ? EM : J’ai été extrêmement maltraité à Bertoua (Est du Cameroun, NDLR). J’y ai passé un mois dans des conditions épouvantables : j’ai été mis dans une chambre noire, pendant un mois je n’ai pas eu droit à la lumière. J’ai même craint à un moment pour ma vie. Et Il faisait très froid la nuit, mais je n’avais pas de couverture. Des amis m’ont trouvé de l’argent pour m’acheter à manger. Depuis que je suis à Yaoundé, les conditions de détention sont meilleures. Entre les deux prisons, c’est le jour et la nuit. ISF : Auriez-vous un message à adresser à ceux qui ne vous connaissent pas forcément mais suivent de très près ce qui vous arrive ? EM : Je souhaite profiter de ce qui m’arrive pour porter à la lumière la situation des détenus au Cameroun. La garde à vue est de 72h maximum, mais moi j’ai passé 1 mois en garde à vue, et d'autres y passent jusqu’à 4 mois. La torture également est une réalité des géôles camerounaises. Moi je n’ai pas été battu, mais d’autres sont battus à la matraque, giflés. Si avec mon cas on peut dénoncer cette situation au Cameroun ce sera déjà une grande victoire. Internet Sans frontières a besoin de vous pour assurer à Enoh Meyomesse une défense à laquelle il a droit, afin que sa libération intervienne très prochainement. Une campagne de levée de fonds est actuellement en cours, pour qu’une équipe d’avocats puisse être sollicitée sur cette affaire, mais aussi pour subvenir à une partie des besoins journaliers de l’écrivain en prison. Vous pouvez faire un don ici. L’ONG PEN International vient également de lancer son Réseau d’Action Rapide permettant à chaque internaute de contacter les autorités camerounaises afin que les droits de la défense de l’écrivain et blogueur soient respectés. Lire aussi : RFI - L’écrivain Enoh Meyomesse arrêté pour la deuxième fois en un an Rue 89 - Cameroun : Un écrivain opposé au président Biya en prison Julie Owono Mardi 31 Janvier 2012
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