Google veut se libérer de la censure et des hackers chinois



Interview de Christophe Ginisty réalisée par France 24



Google veut se libérer de la censure et des hackers chinois
Google, qui s'autocensurait en Chine depuis 2006, a rerouté, lundi, son moteur de recherche chinois vers celui de Hong Kong. Derrière la volonté d’éviter la censure, le géant américain tente de redorer son image et de se protéger des hackers...
Par Marie Sophie JOUBERT (texte)

L’annonce, certes attendue, a résonné comme un coup de tonnerre sur le Web. Mais pourquoi maintenant ? Après une bataille de trois mois contre Pékin, Google a mis lundi sa menace à exécution et a contourné la censure imposée par le régime communiste sur son moteur de recherche chinois en le reroutant sur celui de Hong Kong.

Depuis 2006 pourtant, Google se pliait au contrôle chinois, triant méticuleusement ses résultats avant de les afficher sur www.google.cn Un sacré coup de canif au contrat, après quatre ans de bons et loyaux services…

Interrogé mardi par France 24, le porte-parole de Google Europe, Bill Echikson, a affirmé que la décision avait été en partie prise parce que "la situation en Chine n’a pas évolué comme le groupe l’avait espéré". Celui-ci fait référence au piratage de plusieurs comptes ouverts sur la messagerie de Google, Gmail, par des défenseurs des droits de l’Homme. Ce piratage avait été dénoncé à grand renfort de communiqués par le géant informatique, en janvier dernier.

"Don’t be Evil"

Au sein de Google, la question de la censure revient régulièrement. Le co-fondateur du géant de Mountain View, Sergeï Brin, ancien "refuznik", a toujours exprimé sa réticence à s’y plier, tandis que d’autres - dont le patron du groupe, Éric Schmidt - ne souhaitaient pas voir le groupe pénalisé par de telles considérations. L’enfant de l'ex-URSS aurait donc gagné sa bataille éthique contre l'ex-Empire du Milieu.

Google motivé par le seul bien de l’humanité ? Cette explication ne convainc pas le journaliste Evgeny Morozov. "Expliquer cette décision par une rhétorique mélodramatique sur les cyber-attaques contre les activistes de droits de l'Homme chinois ? Arrêtez !", s’indignait, mi-janvier, Morozov sur neteffect.foreignpolicy.com.

Selon lui, en effet, Google cherche uniquement à améliorer son image "détériorée par le débat sur la vie privée, qui résonne chaque jour un peu plus fort en Europe. Google.cn est l’animal à sacrifier, celui qui donnera à l’entreprise des titres positifs et enrayera des pertes dévastatrices”, écrit-il, non sans cynisme. Une nouvelle image donc. Et à moindre frais de surcroît : Google ne réalise en Chine qu'entre 1 % et 2 % de ses quelque 24 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel, selon un analyste américain cité par le Wall Street Journal

Hong Kong pour se protéger des hackers chinois

En se repliant sur Hong Kong, Google "cherche certainement à se racheter une image", confirme Christophe Ginisty, fondateur d'Internet sans frontières (ISF), une organisation non gouvernementale qui défend la libre circulation de l'expression sur la Toile.

Mais, selon ce spécialiste du Web, le géant américain veut surtout se soustraire aux attaques informatiques qui pourraient être commanditées par la Chine. "En sortant du pays, Google dépend moins d’un réseau sur lequel Pékin a tout pouvoir et minimise ainsi les risques de se faire hacker par des spécialistes informatiques", schématise Christophe Ginisty.

Selon la revue Intelligence Online (IOL), l’agence nationale de sécurité (NSA) américaine a en effet remonté l'attaque de janvier jusqu'aux serveurs de la Shanghai Jiaotong University, où un ancien fonctionnaire du ministère de la Sécurité intérieure servirait d’intermédiaire entre les différentes communautés de pirates informatiques et les services secrets chinois.

Sur ce dossier, Christophe Ginisty estime que Google travaille de concert avec Washington. Le fondateur d’ISF croit savoir que la Maison Blanche a "encouragé le repli sur Hong Kong" du géant américain, rappelant au passage qu’Eric Schmidt est l'un des conseillers technologie du président Obama.



Samedi 27 Mars 2010






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