Indonésie : le bruit et la fureur des internautes pour sauver la liberté d'expression sur Internet






Indonésie : le bruit et la fureur des internautes pour sauver la liberté d'expression sur Internet
Les internautes indonésiens se mobilisent en ce moment pour sauver internet d'un projet de loi répressive conçu par le Ministère de la Communication et de l'Information, qui doit être entériné demain vendredi 19 février. Ce projet de loi pourrait faire suite au "cas Prita Mulyasari" qui a eu lieu au cours de l'année 2009.

Le 11 février dernier, un communiqué de presse a été publié sur le site internet du Ministère indiquant la position ferme prise contre l'augmentation des cas de "mauvaise conduite du public sur l'Internet". Il y est également mentionné que le Ministre de la Communication et de l'Information, Tifatul Sembiring souhaite réglementer le contenu multimédia sur Internet dans le pays.

Le projet de règlementation suggère la nomination par Monsieur Sembiring d’un groupe de 30 personnes qui rejoindrait l'équipe de Contrôle du Contenu Multimédia. Le travail de l'équipe comprendra notamment la constitution de rapports sur les sites soupçonnés d'avoir du mauvais "contenu", de vérifier ces rapports, infligeant des amendes, retrait de permis, etc...

L'objectif affiché du dispositif est soi-disant de lutter contre la pornographie et le jeu mais il pourra également cibler les sites de réseaux sociaux et d'autres outils de médias en ligne considérés comme des outils puissants aujourd'hui dans l'éducation du public sur les sujets liés à la liberté d'expression, ainsi que pour militer pour une bonne gouvernance et pour la démocratie.

Ce projet draconien est critiqué par Mahfud MD le chef de la Cour constitutionnelle, qui considère que la loi devrait être considérée comme inconstitutionnelle car elle viole la liberté de la presse.

Le célèbre bloggeur indonésien Enda Nasution pense que le projet de loi ne reflète pas les intérêts du peuple. "L'Indonésie est actuellement le pays le plus libre de la région, quand il s'agit de la liberté d'expression et nous voulons que cela continue ...Mettre un pare-feu à l'Indonésie est la dernière chose que nous voulons et dont nous avons besoin dès maintenant, nous allons lutter pour un Internet ouvert et libre. Ce projet est une réglementation à moitié cuite et un reste de l'administration de 2006. L'Indonésie a besoin d'une loi plus complète et mieux pensée en ce qui concerne l'Internet."

Indonésie : le bruit et la fureur des internautes pour sauver la liberté d'expression sur Internet
Sur Facebook, les internautes opposés au projet se mobilisent et expriment leur mécontentement sur une page « SOS Internet Indonesia», qui compte maintenant plus de 11 000 membres. Les internautes indonésiens sont encouragés à envoyer un e-mail aux fonctionnaires du Ministère de la Communication avant que le projet ne soit entériné demain le 19 février.



Indonésie : le bruit et la fureur des internautes pour sauver la liberté d'expression sur Internet
Le bruit et la fureur des internautes indonésiens : le cas de Prita Mulyasari

La communauté en ligne indonésienne est particulièrement active, et, lorsqu'elle se mobilise, a montré qu"elle pouvait faire basculer le cours de certaines histoires, qui auparavant, n'auraient jamais été connues du grand public.

Le cas de Prita Mulyasari est ainsi devenu particulièrement célèbre dans toute l'Indonésie, et plus largement au niveau international.

Prita est une jeune femme de 32 ans, mère de deux enfants, qui a été inculpée en mai 2009 pour diffamation par l'Hôpital International Omni et qui a été détenue en prison confrontée à une peine maximum de six ans d'emprisonnement.

Prita avait envoyé un e-mail à une liste de diffusion personnelle pour se plaindre de la manière dont elle avait été traitée par l'hôpital lors de son séjour au mois d'août 2008, et notamment d'une erreur de diagnostic dans sa maladie. Dans cet e-mail, elle décrivait la chronologie de la prestation fournie par l'hôpital, ainsi que la plainte écrite à la Direction de l'hôpital. Son e-mail a été retransmis par l'un des destinataires à d'autres listes de diffusion, et a attiré l'attention de l'hôpital. L'hôpital a ensuite écrit une réponse, qu'il diffusa dans le journal local. Prita fut inculpée pour diffamation.

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La Communauté en ligne indonésienne a réagit très fortement à son emprisonnement. Les bloggueurs comme Enda ainsi que d'autres ont immédiatement relayé la cause en créant une page sur Facebook qui a rapidement atteint plus de 20.000 supporters (aujourd'hui plus de 388 000 membres !). La couverture médiatique et une vague de soutien sans précédent ont contraint la police à sa libération sous caution au bout de trois semaines.

Le "cas Prita" est alors devenu un cauchemar de relations publiques pour l'Hôpital Omni International, qui a été perçu par l'opinion publique comme une tentative d'intimider une ménagère de la classe moyenne.

L'affaire a suscité l'enthousiasme des procureurs, probablement à cause de cette réaction de l'opinion publique, mais également en raison des élections présidentielles qui se déroulaient au même moment, en juillet 2009. Les différents candidats ont soit visité Prita Mulyasari en prison, soit pris position publiquement sur le sujet.

Campagne de collecte de pièces
Campagne de collecte de pièces
Prita a été condamnée à verser une amende de 204 millions de roupies (US $ 20,500), mais le soutien reçu a été plus fort. Commencée par mailing list, puis sur un blog et sur un groupe Facebook appelé "KOIN untuk Prita, une chaîne de solidarité sans précédent a mobilisé toute l'Indonésie, pour collecter des pièces pour permettre à Prita de payer l'amende.

Des indonésiens de tous horizons, allant des éboueurs aux écoliers, jusqu'aux membres du Parti démocrate du président Susilo Bambang Yudhoyono ont ainsi récolté, pièces par pièces, plus de 800 millions de roupies.

Voyant l'immense soutien reçu de tout le pays, l'Hopitâl Omni International a décidé d'abandonner toute poursuite civile contre Prita.

L'affaire a mis en évidence les failles de certaines clauses de la loi sur l'Information et les échanges électronique, ce qui explique les remises en question actuellement en cours à la suite de cette affaire.


Mercredi 17 Février 2010






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