Informationalisme social ou informationalisme citoyen?






Informationalisme social ou informationalisme citoyen?

Dans la mesure où nous pouvons faire confiance aux données historiques, toutes les sociétés connues jusqu’ici furent basées sur l’acquisition des informations et des connaissances en tant que source de pouvoir, de richesse et de sens.

Ce matin entre 11H et 13H30 heure de Paris, un évènement improbable faisait le tour du monde à la vitesse de la lumière. L’interruption du service de courrier électronique de Google. Des citoyens du monde entier ont réagi de manière vive à cette panne globale dans la circulation de l’information. La possibilité de cette réaction fut induite par celle, encore plus incroyable d’autres canaux et réseaux propices à sa dispersion. La plateforme de microblogging twitter fut un de ceux-là. La première en volume et densité ainsi qu’en solutions probables et moyens de se passer de gmail ou alors d’utiliser son client mail préféré qui lui ne buguait pas avec gmail. L’information fut bien plus rapide aussi que celle délivrée par les médias traditionnels. Où étiez-vous pendant le crash de google mail en février 2009? demandait un chroniqueur insomniaque du webzine Venture Beat. Quelque part sur terre, regardant moi aussi le séisme que cette interruption certes passagère provoquait dans le monde des cliqueurs.





  • Le meilleur désinfectant, c’est le soleil

Bon alors diriez vous, qu’est cette panne somme toute embêtante a à voir avec le titre hyper sérieux de ce billet? Tout. Et si La meilleure forme de gouvernement était celle dédiée à la promotion de l’acquisition et la diffusion de l’information aux citoyens par les citoyens et pour les citoyens, fondée sur des lois qui promeuvent sa diffusion en réseau? La société qui se fixerait cet objectif ne serait-elle pas plus égalitaire et ne fera-t-elle pas regresser la face sombre de la cupidité inhérente à notre fatale nature humaine?


Ce qui est intéressant à noter est la capacité de réaction. Les réseaux digitaux ont pris une avance sur l’état social présent de nos démocraties occidentales. L’autre jour j’écoutais cette interview de Marc Andreessen, le fondateur de Ning plateforme de réseau social sur laquelle Internet Sans Frontieres vient d’ailleurs d’ouvrir son propre réseau social. Il parlait de l’Etat Facebook, sixième Etat en terme de population de la planète.

Un Etat, facebook, mais… sans territoire? Il en a un, même si il est immatériel.  Il ne se substitue en rien à l’Etat démocratique, c’est un Etat informationaliste qui va venir de plus en plus coexister, que ce soit lui ou d’autres réseaux de même type, avec l’Etat légal. Mais, les dérives aussi sont possibles. Quid de la propriété des informations? La concurrence entre les réseaux s’en chargera. Mark Zuckerberg, président de facebook a fait un pas en arrière en raison de la fronde des utilisateurs sur cette question, qui n’est par ailleurs toujours pas réglée. Le fait est que pour être profitable, les entreprises de services de réseaux sociaux digitaux devront être transparentes. Dans l’hypothèse où elles rechignent à l’être, des activistes, eux aussi en réseau se chargeront de le faire savoir. Ce fait est inhérent à la structure organique du réseau digital.



  • Contre-pouvoirs et informationalisme

La capacité des réseaux à introduire de nouveaux acteurs et de nouveaux contenus dans le processus d’organisation sociale, avec une relative indépendance à la puissance des centres, est induite par les progrès et changements technologiques, et plus précisément, avec l’évolution des technologies de communication. Ce fut particulièrement le cas avec la possibilité de s’appuyer sur un réseau distribué d’énergie qui caractérisa l’avènement de la révolution industrielle: les chemins de fer, les paquebots, et le télégraphe ont constitué la première infrastructure d’un quasi-réseau mondial avec une capacité de reconfiguration induite dans le système. Cette possibilité favorisa la concentration des moyens de production en raison de la concentration des informations par les agences (de presse?) qui étaient sensées les démocratiser. L’avènement de l’ère informationnaliste serait donc un retour vers ce réajustement. L’élection américaine de novembre dernier irait dans ce sens: des citoyens ont contribué en temps et en argent pour un changement de forme de gouvernement qui ne se fera pas sans heurts. La crise économique que nous vivons actuellement serait dans le même ordre idée, celle du passage vers l’ère informationaliste.


  • Informationalisme et citoyenneté

Une socialisation des communautés humaines, qui est la construction d’une pratique culturelle qui permet aux individus et groupes sociaux de vivre ensemble (même dans le conflit), a lieu aujourd’hui dans les réseaux numériques, les espaces interactifs de communication concentrés sur Internet. Ainsi, la relation entre les citoyens et les politiciens, entre les représentés et les représentants, dépendra essentiellement de ce qui se passera dans cette infosphère. Mais, cette interactivité a un coût et un danger. Son coût est celui de l’information sûre: quels sont les moyens à mettre en place afin d’assurer la fiabilité et l’objectif de vérité sociale d’une information? La vérité sociale d’une information serait-elle de nature à distinguer de l’intérêt social de ladite information ou l’intérêt social informatif ferait-il partie du domaine de cette première? C’est une question difficile qui occupe en ce moment une partie des chercheurs du Berkman Center for Internet and Society d’Harvar. Ils publient d’ailleurs gratuitement une partie de leurs projets de recherche ici. Bien malin qui saura y apporter une réponse claire.



Archippe Yepmou



































Dimanche 1 Novembre 2009




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