C’est en tout cas l’opinion d’une des plus grandes éminences en la matière: celle du droit d’auteur d’oeuvres de l’esprit à vocation culturelle et/ou commerciale. Il s’agit de Lawrence Lessig, professeur de droit à la prestigieuse université de Stanford aux Etats-Unis. En 2007, il donnait une conférence pour le cercle TED qui avait pour titre “How creativity is being strangled by the law / comment la loi étrangle la créativité“. Brillant propos.
Ce qu’on peut remarquer au premier abord est sa profondeur de vue. Une plongée dans l’histoire de l’innovation technologique rapportée aux moyens légaux souvent mal mis en oeuvre tout au long du XXème siècle aux Etats-Unis pour attribuer et arbitrer les bénéfices économiques liés à la production culturelle.
De la machine infernale (l’ancêtre de la radio) fustigée par John Philip de Sousa au début du XXème siècle au cartel de l’ASCAP dans les années 1930 en passant par l’avènement de BMI, il dresse un tableau impressionnant , démuni du jargon juridique habituel, du combat mené autour du droit d’auteur aux Etats-Unis.
Read-Write culture Vs. Read-Only culture
La loi création et internet en débat en France en ce moment - le dernier épisode ubuesque de députés se cachant sous les traversins de l’hémicycle national pour faire achopper son adoption ne faisant que proroger sa mise en musique législative - rentre dans le champ du propos de Lawrence Lessig à cette conférence. La protection qu’elle organise autour de la Read-Only culture, celle qui ne donne aucune possibilité aux millions de consommateurs d’interférer dans la production culturelle de contenus dont les gavaient auparavant les grandes industries du disque serait un pis-aller. Si cette loi célèbre la perpétuation d’une culture dans laquelle le consommateur ne peut-être un acteur de la création artisque, elle ne manquera pas de se heurter à cette génération pour qui consommer et produire sont parfois deux actes réductibles en un seul.
Quelle solution?
La solution selon Lessig serait dans l’aménagement du droit d’auteur de manière à permettre une régulation de la distribtion des droits économiques et intellectuels des oeuvres par les particuliers eux-mêmes, sans que celle-ci gène l’appropriation créative d’oeuvres plus anciennes. La loi ne venant s’interposer que pour apprécier l’équité des solutions privées. Il est d’ailleurs le promoteur de la très originale licence creative commons (CC) que vous verrez de plus en plus apposée sous les oeuvres numérisées.
La vidéo de cette conférence a été traduite par des internautes en plusieurs langues sur le site dotsub.com, on peut regretter qu’une traduction du propos en Français ne soit pas encore disponible, et surtout que l’avis d’un des plus éminents spécialistes de la question n’ait pas été recueilli lors de la discussion en commission de cette loi.
Archippe Yepmou